Chapitre 3 Le Vrai

Episode 6 Le Visage de l’Illuminé

Episode 6 Le Visage de l’Illuminé

Lorsque la surface lisse du quotidien se fissure, que reste-t-il de nos certitudes? Dans ce chapitre, Alisée se retrouve seule face à une toile énigmatique peinte par l'homme qu'elle a perdu, et réalise que sa quête de sécurité n'était peut-être qu'une prison dorée. Alors que la réalité vacille, Barthélémy tente un pari impossible : tisser un lien invisible entre eux trois en plongeant au cœur du mythe. Il ne s'agit plus seulement de comprendre pourquoi Ismaël est parti, mais de savoir si ceux qui restent ont le courage de regarder, eux aussi, la lumière en face sans se brûler les yeux.

Loin de Bruxelles, le récit bascule dans une antiquité solaire où l'Esprit Voyageur, Eliénzys, fait la rencontre décisive de son guide. Sur les rives de la mer Égée, une vérité oubliée depuis des millénaires lui est révélée : un secret sur la violence de nos origines et l'étincelle divine qui dort en nous. Entre la cendre des Titans et la foudre des Dieux, nos protagonistes devront choisir leur camp. Un épisode sur la mémoire, la rupture et le mot de passe capable de briser les chaînes de la mort.

Pour comprendre l’Episode 6 … de la nature humaine

De l'Observation du Temps à la Révélation de l'Origine

Dans cet épisode fondamental, le récit bascule de l'errance mélancolique vers l'initiation doctrinale. L'Esprit Voyageur (Eliénzys) rencontre sa figure tutélaire, un philosophe mystérieux, Apollonios, sur les rives de la mer Égée. Cette rencontre marque le véritable début de son éducation spirituelle. Le texte s'articule autour d'une question centrale : « D'où venons-nous? ». Pour y répondre, le philosophe déploie une fresque mythologique audacieuse qui retrace l'histoire divine pour expliquer la condition misérable et grandiose de l'être humain.

La Tyrannie de Cronos : Le Temps qui Dévore

L'épisode s'ouvre sur une méditation au sommet d'une montagne. Eliénzys observe un vieil homme contemplant la vallée. Ce passage est une allégorie de la confrontation avec le Temps (Cronos). Eliénzys réalise que toute vie est soumise au cycle « naître, grandir, vieillir, mourir ». Le Temps est comparé à un fleuve qui emporte tout, ou au dieu Cronos qui dévore ses propres enfants. Cette vision du monde est celle de la fatalité et de l'impermanence. Si l'homme n'est que le jouet du Temps, son existence est vaine. C'est pour échapper à cette « vallée de l'existence » qu'Eliénzys part en quête de la « Source de la Lumière ».

La Victoire de Zeus : L'Illumination de l'Esprit

La rencontre avec Apollonios introduit une rupture. Le guide oppose au règne sombre de Cronos (le Temps) le règne lumineux de Zeus (l'Esprit/L'Illumination). Contrairement à la vision populaire d'un dieu colérique, Zeus est présenté ici comme le principe de l'Illumination foudroyante. Sa foudre déchire les ténèbres de l'ignorance et du temps. Ainsi se présente l’avène de l’Ordre olympien contre le Chaos. Le texte réinterprète la théogonie (la naissance des dieux) comme une progression vers la conscience. Ouranos (le Chaos/Profusion) est castré par Cronos (le Temps/Limite), qui est à son tour détrôné par Zeus (l'Esprit/Ordre). Ce passage symbolise la victoire de la conscience spirituelle sur la fatalité biologique.

Le "Secret" Anthropologique : Cendres et Foudre

Le cœur philosophique de la lettre réside dans la révélation de l'Anthropogonie Orphique (le récit de la création de l'homme). Apollonios dévoile à Eliénzys pourquoi l'homme se sent étranger sur terre. Il parle du crime des Titans. Le mythe raconte que les Titans (forces brutes et terrestres) ont capturé, démembré et dévoré Dionysos Zagreus, le fils divin de Zeus. Appolonios précise la punition divine. Zeus, outré, a foudroyé les Titans, les réduisant en cendres. D’où résulte la double nature des êtres humains car de ces cendres, mêlées à la chair divine de Dionysos qu'ils avaient consommée, sont nés les hommes.

Cette généalogie explique la dualité tragique de la condition humaine. Notre part Titanique (Corps) : Nous sommes faits de cendres. C'est notre lourdeur, notre violence, notre mortalité, notre attachement à la terre. Notre part Dionysiacaque (Âme) : Nous portons en nous une étincelle de la vie de Dionysos et de la foudre de Zeus. C'est notre part divine, immortelle, qui aspire au Ciel.

La Formule du Salut : L'Identité Céleste

La conclusion de l'épisode offre la clé du salut (sotériologie). Pour être sauvé, l'initié doit savoir qui il est et rejeter son identité purement terrestre. Apollonios transmet à Eliénzys le « mot de passe » sacré, inscrit sur les lamelles d'or retrouvées dans les tombes orphiques : « Je suis fils de la Terre et du Ciel étoilé, mais ma race est céleste. » Cette phrase est un acte de revendication : l'homme reconnaît son corps (Fils de la Terre) mais affirme que sa véritable essence, sa « race », appartient au monde divin (Ciel étoilé).

Lexique et Concepts

ANTHROPOGONIE (Du grec anthropos, homme, et gonia, naissance). Récit mythique expliquant l'origine de l'humanité. Dans ce chapitre, il s'agit de l'anthropogonie orphique spécifique qui fait naître l'homme des cendres des Titans foudroyés.

CRONOS (ou KRONOS) Titan de la mythologie grecque, père de Zeus. Il symbolise ici le Temps destructeur qui « dévore » ses enfants (les jours, les vies humaines). Il représente le monde du devenir et de la mort, auquel l'initié cherche à échapper.

DIONYSOS ZAGREUS Figure centrale de l'orphisme, distincte du Dionysos festif du vin. C'est le dieu « souffrant », démembré par les Titans. Il représente la Vie divine dispersée dans la matière. L'âme humaine est une parcelle de ce dieu, prisonnière du corps.

DUALISME (Orphique) Conception philosophique selon laquelle l'être humain est composé de deux principes antagonistes : le corps (soma), considéré comme une prison ou un tombeau, et l'âme (psyché), d'origine divine. Le but de la vie est de séparer l'âme du corps par la purification.

LAMELLES D'OR Petites feuilles d'or gravées de textes grecs, retrouvées dans des tombes antiques (IVe-IIIe s. av. J.-C.) en Grèce et en Italie du Sud. Elles servaient de « passeport » pour l'au-delà, donnant des instructions à l'âme du défunt pour qu'elle s'adresse aux dieux infernaux et prouve sa nature divine. La phrase citée dans le livre en provient directement.

TITANIQUE (Nature) Adjectif désignant ce qui, en l'homme, relève des Titans : l'audace rebelle, la violence, mais surtout la lourdeur matérielle et l'oubli du divin. C'est la part de nous-mêmes qu'il faut dompter ou purifier.

ZEUS Dans ce contexte orphique et philosophique, Zeus n'est pas seulement le roi de l'Olympe, mais le principe de l'Intelligence (Noûs) et de l'Illumination. Il est la Foudre qui transforme la matière et libère l'esprit.

Episode 7 La Quête de la Philosophie

Episode 7 La Quête de la Philosophie

Dans cet épisode charnière, le récit quitte la dimension épistolaire contemporaine pour plonger dans une "phénoménologie de l'esprit" située dans la Grèce antique. Alors que Barthélémy, dans sa lettre, insiste sur la nécessité d'un guide pour "dévoiler l'être", le récit met en scène cette initiation à travers le dialogue entre Eliénzys et son guide-philosophe Apollonios.

L'enjeu central de ce passage est de résoudre une angoisse existentielle universelle : la peur de l'impermanence. Si tout change, si tout meurt, la vie a-t-elle un sens? Pour répondre à cette question, Appolonios convoque et oppose deux géants de la philosophie présocratique : Héraclite et Parménide.

Pour comprendre l’Episode 7 … la quête de la Philosophie, la question de l’Être

Le Vertige du Devenir : La Leçon d'Héraclite

La première étape de l'initiation d'Eliénzys se déroule face à la mer. Apollonios utilise le mouvement incessant des vagues pour illustrer la pensée d'Héraclite d'Éphèse (fin du VIe siècle av. J.-C.). La philosophie d'Héraclite repose sur le concept du Devenir. Rien dans l'univers n'est stable ; tout est soumis à un flux perpétuel. Le texte cite la célèbre maxime : « Il est impossible d’entrer deux fois dans le même fleuve ». Cela signifie que l'identité des choses et des êtres est illusoire ou du moins transitoire : au moment où l'on croit saisir une réalité, elle a déjà changé. Apollonios explique que ce changement est le fruit d'une "guerre" (polemos) entre des contraires (vie/mort, veille/sommeil, jeunesse/vieillesse). Ce monde est un "Feu éternel" qui s'allume et s'éteint selon une mesure. Pour Eliénzys (et pour le lecteur), cette vision est source d'angoisse : si rien n'existe "en soi", si tout n'est que passage, alors l'existence humaine semble vouée à la dissolution et à l'oubli.

Le Roc de l'Immuable : La Réponse de Parménide

Face au vertige d'Eliénzys, Apollonios introduit l'antidote métaphysique : la pensée de Parménide d'Élée. Contre Héraclite qui affirme que "tout change", Parménide soutient que le changement est une illusion des sens (la doxa, l'opinion). La véritable réalité, accessible seulement par la raison et la révélation, est l'Être. L'Être est ce qui est : il est inengendré, impérissable, immobile et un. Il ne peut ni naître du néant, ni retourner au néant. Le Guide-Philosophe utilise ici une métaphore puissante pour réconcilier ces deux visions : l'image de la Mer. Les Vagues (Héraclite) : En surface, l'eau s'agite, change de forme, monte et descend. C'est le monde de nos vies quotidiennes, de nos émotions et de nos corps mortels. L'Eau (Parménide) : En profondeur, la substance reste la même. L'eau demeure de l'eau, inaltérée par le mouvement des vagues. C'est l'Être immuable.

La quête de la Philosophie : la "Libération de l'Âme"

La conclusion de l'épisode définit la philosophie non comme un savoir abstrait, mais comme une sotériologie (une doctrine du salut). Apollonios enseigne à Eliénzys que la philosophie sert à "plonger" sous les vagues du devenir pour atteindre l'eau stable de l'Être. Cette stabilité réside à l'intérieur de l'homme. C'est ce que Platon appelle le Noûs (l'Intellect ou l'Esprit) ou ce que la tradition appelle le "Trésor". C'est la part divine en l'homme, une étincelle du Logos (la Raison cosmique) qui ne vieillit pas et ne meurt pas. L'injonction socratique « Connais-toi toi-même » prend alors tout son sens : il ne s'agit pas d'analyser sa psychologie personnelle (ses vagues), mais de reconnaître sa nature divine et immortelle (son eau). La philosophie devient ainsi une préparation à la mort, ou plutôt une anticipation de l'immortalité, en permettant à l'âme de se détacher du flux temporel pour s'identifier à l'Éternel.

Lexique et Concepts

DEVENIR (Le) Concept central chez Héraclite. Désigne le processus continuel de changement, de naissance, de transformation et de mort qui caractérise le monde sensible. Dans le Devenir, rien n'est stable, "tout coule" (panta rhei). C'est le monde de la temporalité et de la précarité.

ÉNANTIODROMIE (Du grec enantios, opposé, et dromos, course). Loi du renversement des contraires. Idée héraclitienne selon laquelle toute chose se transforme tôt ou tard en son opposé (le jour devient nuit, le chaud devient froid, le vivant meurt). C'est le moteur du changement cosmique.

ÊTRE (L') Concept central chez Parménide. Désigne la réalité absolue, ce qui existe véritablement. Contrairement au monde sensible qui change, l'Être est unique, éternel, immuable et parfait. Dans le livre, il est assimilé à la profondeur de la mer, par opposition aux vagues.

LOGOS Terme grec complexe signifiant à la fois "Parole", "Discours" et "Raison". Chez Héraclite : C'est la Loi universelle qui régit le cosmos, l'intelligence divine immanente au "Feu" qui ordonne les changements. Dans le dialogue : C'est la "Lumière divine" ou la Raison intérieure qui guide l'âme vers la sagesse.

NOÛS Terme grec signifiant "Intellect", "Esprit" ou "Intelligence supérieure". Chez Platon et Aristote, c'est la partie la plus noble de l'âme, celle qui est capable de contempler les vérités éternelles et le divin. Apollonios le décrit comme le "cœur impérissable de l'Homme".

CONNAISSANCE DE SOI (Gnothi Seauton) Maxime inscrite sur le temple d'Apollon à Delphes et reprise par Socrate. Dans le contexte de ce chapitre, elle ne signifie pas l'introspection psychologique moderne, mais la prise de conscience de sa nature véritable : découvrir que l'on n'est pas seulement un corps mortel (cendres), mais qu'on abrite une parcelle divine (l'âme/Noûs).

MONDE SUBLUNAIRE Dans la cosmologie antique (notamment chez Aristote), désigne la région située "sous la Lune" (la Terre). C'est le domaine de la génération et de la corruption, du changement et de la mort (le domaine d'Héraclite). Il s'oppose au monde "supralunaire" (le Ciel), lieu de la perfection et de l'éternité (le domaine de Parménide).

Bibliographie

Brisson, L. (1981). La théogonie de la Grèce archaïque (VIIIᵉ–VIᵉ siècle av. J.-C.) : le modèle hésiodique et le modèle orphique. Dans F. Châtelet, G. Mairet & L. Brisson (Éds.), Les idéologies. Tome 1 (p. 76‑87). Diffusion Hachette. (Coll. Marabout Université, no 369)

Couloubaritsis Lambros, Aux origines de la Philosophie européenne, De la pensée archaïque au néoplatonisme 3ème édition, collection Le Point Philosophique, aux éditions De Boeck Université, Bruxelles 2000.

Couloubaritsis, L. (1998). Histoire de la philosophie ancienne et médiévale : Figures illustres (Coll. Le Collège de philosophie). Paris : Grasset

Dumont, J.-P. (Éd.). (1991). Les écoles présocratiques (éd., collab. D. Delattre & J.-L. Poirier). Gallimard. (Collection Folio Essais, n° 152)

Eliade Mircea, Le Sacré et le Profane, collection Folio/Essais, aux éditions Gallimard, Paris 1965.

Eliade, M. (1976). Histoire des croyances et des idées religieuses. Tome 1 : De l’âge de la pierre aux mystères d’Éleusis. Paris : Payot.

Eliade, M. (1978). Histoire des croyances et des idées religieuses. Tome 2 : De Gautama Bouddha au triomphe du christianisme. Paris : Payot.

Graves Robert, Les Mythes Grecs, aux éditions Librairie Fayard, Paris 1967.

Hadot Pierre, Le Voile d’Isis, collection Folio/Essais, aux éditions Gallimard, Paris 2004.

Hadot Pierre, Ilsetraut, Apprendre à philosopher dans l’Antiquité, l’enseignement du « Manuel d’Epicète » et son commentaire néoplatonicien, Le Livre de Poche, aux éditions Librairie Générale Française, 2004.

Huxley Aldous, La Philosophie éternelle philosophia perrenis, aux éditions du Seuil 1977.

Jeannière Abel, Platon, Collection Écrivains de toujours, aux éditions du Seuil, Paris 1994.

Platon, Apologie de Socrate, Criton, Phédon, aux éditions GF Flammarion, Paris 1965.

Pour aller plus loin … Comprendre la complexité du “polythéisme” grec et comprendre la spécificité de la voie empruntée par l’Esprit Voyageur

Polythéisme grec, mode d'emploi (Cours 2017-2018) de Vinciane Pirenne-Delforge, Collège de France

Chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique

Dans cette série de leçons magistrales, Vinciane Pirenne-Delforge déconstruit nos préjugés modernes pour révéler le véritable visage du polythéisme grec : non pas une « religion » de croyance et de dogme, mais un langage social et rituel sophistiqué. En s'appuyant sur l'anthropologie d'Hérodote, elle démontre que pour les Grecs, le sacré ne se définissait pas par la foi intérieure, mais par l'orthopraxie — le fait d'accomplir correctement les rites, les sacrifices et d'installer les dieux au cœur de la cité. Ce cours est une plongée fascinante dans un système de pensée où l'unité culturelle (l'Hellenikon) n'efface jamais la diversité locale, permettant à chaque cité d'avoir ses propres dieux tout en participant à un monde commun, une souplesse que nos visions monothéistes peinent souvent à concevoir.

Une clé de lecture pour Occident : La rupture orphique

Le visionnage de ce cours est le complément indispensable à la lecture du Chapitre 3 d'Occident, car il éclaire par contraste la quête spirituelle d'Eliénzys. Alors que le cours décrit la « norme » religieuse de l'Antiquité — une religion horizontale, civique et terrestre visant l'harmonie de la communauté — le roman met en scène la rupture radicale introduite par l'Orphisme. En comprenant comment fonctionnait la religion officielle de la Cité, le lecteur saisit toute la violence et la nouveauté du message orphique qui, lui, prône une verticalité, un rejet du corps-tombeau et un salut individuel de l'âme. C'est cette tension entre la religion du monde (décrite par Pirenne-Delforge) et la religion du salut (recherchée par les personnages du livre) qui constitue le cœur dramatique et philosophique du récit.

Pour aller plus loin … Poser la question de l’Orphisme

L'Orphisme : Une autre vision du cosmos et du divin

Cette conférence de l'Institut d'études anciennes et médiévales met en lumière l'orphisme, un courant religieux fascinant de la Grèce antique centré sur la figure mythique d'Orphée. Contrairement à la religion civique traditionnelle, l'orphisme propose une cosmogonie alternative : au lieu de l'ordre olympien classique, il décrit une origine du monde issue d'un "Œuf cosmique" primordial. De cet œuf émerge Phanès (ou Protogonos), une divinité lumineuse, ailée et androgyne, créatrice de toute vie. Cette vision place le divin dans une perspective cyclique et mystique, bien distincte des récits d'Hésiode.

Le mythe de Dionysos et la nature de l'âme

Au cœur de la doctrine orphique se trouve un mythe violent et fondateur raconté dans la vidéo : celui du jeune Dionysos, fils de Zeus et de Perséphone. Attiré par des jouets (comme la toupie ou le miroir) tendus par les Titans (ou les Géants), l'enfant divin est démembré et dévoré, avant d'être ressuscité par Zeus. Ce récit justifie une conception dualiste de l'existence : le corps est perçu comme un tombeau (soma sema) enfermant une âme divine qui doit se purifier. L'orphisme prône ainsi la métempsycose, c'est-à-dire la réincarnation des âmes, qui doivent traverser plusieurs cycles d'existence pour retrouver leur pureté originelle.

Rituels, textes sacrés et le voyage vers l'au-delà

L'orphisme se distingue par ses pratiques rituelles strictes, souvent appelées "vie orphique", incluant notamment le végétarisme et le refus de verser le sang. La vidéo insiste sur l'importance des textes sacrés, comme les Hymnes orphiques ou le célèbre Papyrus de Derveni , qui commentent cette théologie. Pour les initiés, le salut passe par la connaissance : des "lamelles d'or" retrouvées dans des tombes servaient de guides au défunt . Elles lui indiquaient de se déclarer "fils de la Terre et du Ciel étoilé" et de boire à la source de la Mémoire (Mnémosyne) plutôt qu'à celle de l'Oubli, garantissant ainsi une existence bienheureuse dans l'au-delà.

Un impact réévalué par l'archéologie moderne

L'intervenante souligne comment des découvertes archéologiques récentes, telles que les tablettes en os d'Olbia ou un palimpseste du Sinaï, ont bouleversé notre compréhension de la religiosité grecque. Longtemps considéré par les historiens comme une invention tardive ou marginale, l'orphisme est désormais reconnu comme un phénomène religieux majeur et ancien (dès le VIe siècle av. J.-C.). Il témoigne d'une quête spirituelle profonde en Grèce antique, où l'individu cherchait, en marge des cultes officiels de la cité, une réponse personnelle à l'angoisse de la mort et une promesse de salut éternel.

Anne-France Morand : « Enquête récente sur la mort du petit Dionysos ». (22 Mai 2022)

Institut d’études anciennes et médiévales (ULaval)

Anne-France Morand explore les mystères de l'orphisme et du meurtre du petit Dionysos à la lumière de découvertes archéologiques majeures, dont un palimpseste inédit. Cette conférence remet en perspective les doutes scientifiques du siècle dernier en confirmant la centralité de ce mythe dans les croyances grecques antiques.